vendredi 11 novembre 2011

Crise et auto-construction

J'entends beaucoup d'âneries à la radio en ce moment. J'ai décidé à mon petit niveau d'en aligner d'autres ! Attention au politiquement incorrect !

Il est temps d'arrêter le discours qui consiste à rejeter l'effort sur l'autre. Le fameux égoïsme que mon grand-père appelait le TPMG. Tout pour ma gueule. Le passage d'Arnaud Montebourg sur France Inter et la désignation des banques comme uniques responsables de la crise sont la goutte qui me décide à prendre ma plume.


Certes auto-construire représente pour nous la traduction de rêves : une maison propre et agréable à vivre en famille, un jardin pour les légumes et les fruits, une grande aventure technique et humaine. Mais elle est pour nous aussi motivée par des causes moins "positives" et elle s'inscrit dans cette crise qui est là depuis fort longtemps. Il y a de longues années déjà que je parle de la crise à venir du recours excessif à l'emprunt des ménages comme des états, associée à un  niveau totalement délirant de l'immobilier qui exclut de fait les jeunes générations. Je suis intimement persuadé que nous allons vivre des temps extrêmement chaotiques et mettre un toit sur nos têtes avec un jardin à côté devenait une priorité.



Revenons à quelques éléments-clé, quelques chiffres :
- dernier budget en équilibre : 1974. L'égoïsme collectif redonne la patate chaude à celui d'après...
- le gâteau à partager entre nous, le PIB = 1800 Mds d'Euros (ordre de grandeur, je laisse les centaines de côté). Le PIB est ensuite réparti entre
* la rémunération des actionnaires, les dividendes
* la rémunération du travail, les salaires
* les investissements (aussi bien des sociétés que de l'état)
* le fonctionnement de l'état, des collectivités locales ainsi que des systèmes sociaux (retraites, santé, veuves...), environ 55% du PIB
1800 Mds = environ 30000 Euros par Français et par an
- ordre de grandeur : la patrimoine immobilier de Paris est évalué à un peu moins de 700 Mds d'Euros, avec des prix au m2 probablement largement surévalués.
- le déficit : autour de 150 Mds en 2009, environ 2500 Euros par Français
- la dette = autour de 1700 Mds
- l'épargne des Français = autour de 1900 Mds
Aujourd'hui le risque de perdre le AAA est lié aux politiques qui prévoient toujours un recours important aux déficits mais aussi au fait que la dette se rapproche très, très vite de l'épargne.
- notre dette est souveraine à seulement 30% environ. Le reste est possédé par les Chinois et les pays du pétrole, principalement.Sont-ils de grands démocrates ?
- les banques ont besoin de recapitalisation car le défaut grec réduit leurs liquidités. Le ration argent prêté / gages en actifs devenant trop faible.
- enfin la Grèce est aussi un laboratoire "en vrai". Le constat est déprimant : une politique de rigueur ne résorbe pas les déficits, elle les accroît. Certains comme Paul Jorion affirme que la dette ne sera pas remboursable.

Autre élément technique important : effet de levier PIB / apport exogène = entre 2 et 5. Pour un Euro injecté de l'extérieur dans un système économique nous avons une génération de valeur = PIB de 2 à 5.
Dit autrement : en 2009
- apport exogène = 150 Mds - environ 30 Mds (intérêts) = 120 Mds
- sur 1800 Mds de PIB à partager entre nous, entre 250 et 400 Mds ne sont pas générés par une activité normale et reconductible mais par l'emprunt que nous faisons et qui sera payé par les générations futures. Soit 8 à 20% !!! Et nos politiques parlent encore de croissance de 1%.



A qui profite le crime ?
- les politiques bien sûr qui assurent leur élection en mentant sur le caractère critique de la situation
- tous les salariés du secteur privé et les commerçants. Les 2% de croissance permettent de continuer à payer les salaires. Ceux qui ont travaillé en entreprises comprennent que 3% de baisses des ventes ont un impact colossal. Et 8 à 20% ?
- ceux qui sont bien sûr payés par le système en direct : les fonctionnaires ou assimilés (sécu / médecins / hôpitaux....)
- ceux qui bénéficient de plans de soutien : automobile, immobilier (le chiffre date de 2 ou 3 ans mais 55% des investissements neufs sont adossés à du Scellier)
- les banques bien sûr qui prennent leur com' à chaque transaction.

Ajoutons que les Grecs ont maquillé le bilan de leur dettes, ils ont en conscience emprunté de l'argent qu'ils savaient ne pas pouvoir rembourser. Les dirigeants d'Enron qui ont fait la même chose sont en taule, les politiques eux continuent leur travail.
- je termine en radotant : chaque Euro injecté par la dette est du "vrai" argent et a généré 2 à 5 Euros de richesse. Est-il juste aujourd'hui que les Grecs ne paient pas 50% de leurs emprunts qui leur ont servi "en vrai", comme disent les enfants.

Mais réduire le problème en demandant des comptes aux banques et aux marchés ("redonner au politique sa primauté sur les marchés") dirige le faisceau hors de la vraie cible qui fait mal. NOUS TOUS -enfin surtout ceux qui ont plus de 35 ans - avons bénéficié du système. Il serait mensonger de ne voir que les banques.
Personne n'a obligé les générations politiques qui se sont succédées depuis 1974 à faire tant appel au marché pour lever de l'argent. Les marchés ont aujourd'hui sur les états un pouvoir que ceux-ci leur ont donné en conscience.
Je vous laisse faire le calcul : 1500 Mds d'argent frais ont généré sans doute autour de 4000 à 5000 Mds en presque 40 ans; je vous laisse faire le calcul par personne et par mois.



Aujourd'hui cependant nous arrivons au bout d'un modèle. De moins en moins de banques et pays sont désormais prêts à nous prêter de l'argent (en tout cas à 3%), le recours excessif à l'emprunt des ménages rend aujourd'hui le marché de l'immobilier inaccessible aux plus jeunes, les retraites connaîtront des déficits abyssaux (en dizaines de Mds d'ici 10 ans) si nous ne les réduisons pas car elles ne sont de toute manière pas provisionnées au niveau actuel. Le traitement de la dette dépasse les 40 Mds et le budget de l'éducation nationale). Et pour couronner le tout : le moteur économique n'est plus vaillant, les jeunes sont souvent exclus du marché du travail correctement rémunéré.


Alors qu'inventer ? Je crois que c'est le rôle des générations entre 30 et 50 qui ont a la fois vécu l'ancien système (en en ont bénéficié) et la crise qui de fait nous touche depuis 10 ans que de mettre en oeuvre une aventure collective qui redonne du sens à la rigueur financière qui nous attend.
Je pense qu'un impôt exceptionnel important (20000 Euros par ménage par exemple) serait juste pour tous ceux qui ont travaillé entre 1975 et 2011.

En un sens la rigueur financière va de pair avec une sobriété énergétique elle même nécessaire (cf. la conférence de JM Jancovici chez Spie).
Avec la question : comment vivre mieux avec moins ? Avec moins d'achat extérieur ?
Le logement reste une des pistes : oui nous savons faire des maisons isolées pour 10000 E (25m), 45000 pour 80 m2.
Le potager aussi. Est-ce que cela fait sens de faire venir ses tomates du Guadalquivir ?
Avons-nous vraiment besoin d'i-phone, de tablettes (autres que de chocolat) et de télé ?
J'espère que nos petits égoïsmes ne tueront pas le nécessaire effort collectif (partage du travail et baisse des salaires, baisse des retraites, impôts exceptionnels, augmentation de l'impôt...).

Ce qui me fait peur est que les efforts demandés sont un terreau fertile pour les extrémismes de tout poil. Voir à ce titre le programme des derniers élus Irlandais et Portugais. Par ailleurs j'espère que les grands rêves de retraite, de santé et d'écoles publiques pourront survivre. Certains ne croient pas au possibilités de remboursement (cf. le blog passionnant de Paul Jorion), certains parlent aussi d'un effort à la hauteur de la reconstruction en 1945, l'enjeu étant la souveraineté nationale.

Je termine en mettant en avant le besoin en parallèle de simplifier le modèle financier que presque personne monde ne comprend... des économistes affirment que le recours aux mathématiques pour créer les produits dérivés imbriqués les uns dans les autres a rendu totalement opaque le système et nous ne sommes aujourd'hui plus en état de le maîtriser.
Séparer banques de dépôt et banques d'investissement, interdire le trading à haute fréquence, interdire l'accès au marchés des CDS (assurance de défaut de paiement) à ceux qui n'ont rien emprunté (çà permettrait de limiter la spéculation sur le défaut d'un pays par exemple) et redonner de la visibilité au modèle financier.
Et pour finir : limiter les salaires. Traditionnellement le ratio salaire le plus haut / salaire le plus bas se promenait de 20 à 50 mais les augmentations délirantes des salaires des dirigeants (salariés !!!) mais aussi des traders ont fait monter le ratio à plus de 1000. Sans doute est-ce aujourd'hui pour le moins exagéré, surtout au regard de la valeur créée. Question corollaire : qui finance ces salaires délirants ?
Remettre "les pieds sur terre".

A vos plumes !

2 commentaires:

  1. pourquoi les commercants !!!
    je t'invite a venir 1 mois dans mon commerce et tu comprends que la crise, on se la prend en pleine tete....
    un exemple simple, les entreprises de la vallée recoivent moins de commande donc chomage technique et interim dehors, nos clients (les fameux salaries et interim) ont moins d'argent et donc viennent moins souvent au magasin, c'est pour cela qu'en 2008 pendant 3 mois nous n'avons eu aucun salaire, donc la crise profite aux commercants raccourci rapide et sans reflexion ...

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